Suspension de la taxe petit colis

La taxe française de deux euros sur les petits colis, instaurée en mars, mais contournée par les plateformes asiatiques, sera « suspendue » mercredi, jour d’introduction d’un droit de douane européen de trois euros auquel elle devait initialement s’ajouter. L’Union des Entreprises de Transport et de Logistique de France (Union TLF) qui combattait depuis l’origine cette mesure nationale isolée, en tire une leçon : seule une réponse européenne harmonisée peut rééquilibrer la concurrence. L’organisation professionnelle représentant l’ensemble des métiers de la chaîne du transport et de la logistique souligne que cette taxe n’aura rapporté que 2,3 millions d’euros par mois, loin des 400 millions attendus sur l’année. « Les plateformes extra-européennes visées ont aussitôt contourné la taxe française : marchandises expédiées par avion vers d’autres pays de l’Union, puis acheminées par la route jusqu’en France. Résultat, un déport de 90 % des volumes vers les pays voisins. Ce déport n’est pas qu’une perte de recettes : ce sont des flux logistiques, et les emplois qui vont avec, qui quittent le territoire. Or un emploi créé dans la logistique en génère deux autres dans l’économie. Déplacer les flux, c’est détruire de l’emploi en France, et affaiblir les capacités d’exportation par voie aérienne en France », précise un communiqué. « Depuis le premier jour, nous avons dit qu’une taxe franco-française serait contournée. C’est exactement ce qui s’est passé : 90 % des volumes ont été déroutés par les pays voisins. On ne régule pas des flux mondiaux avec une frontière nationale à l’intérieur du marché unique », explique Jean-Thomas Schmitt, président de l’Union TLF. « Nous ne pouvons pas avoir année après année, une fiscalité plus lourde que celle de nos voisins : ce sont nos entreprises et nos emplois qui en paient le prix. Nous devons apprendre de cet épisode, la seule réponse efficace est européenne : mêmes règles, même perception, mêmes contrôles pour tous ceux qui livrent en Europe. C’est la condition d’une concurrence loyale et d’un level playing field réel », poursuit Jean-Thomas Schmitt qui regrette également le timing. Ce revirement, annoncé la veille de son application, prend de court des opérateurs qui s’étaient organisés et avaient adapté leurs systèmes au scénario initial. Au-delà du fond, c’est aussi ce manque de visibilité que l’Union TLF dénonce. « Les entreprises ont besoin de règles stables, pas de cadres qui changent la veille de leur entrée en vigueur », conclut un communiqué.